Becaud, spontané

C’était le 21 octobre 1975, à l’Olympia de Paris. Jeune journaliste, je devais interviewer Gilbert Bécaud. Il était convenu qu’avant de me livrer à cet exercice, j’assisterai à la « balance », c’est-à-dire au réglage de la diffusion des sons et de leur équilibre. Au grand complet, l’équipe technique du music-hall était à la disposition de l’artiste. Aussi quelle ne fut pas ma surprise de voir Gilbert Bécaud poser telle « gélatine » pour colorer la lumière dispensée par un projecteur, régler la position de la tête de son guitariste sur un accord, et ainsi de suite…

Au cours de l’entretien qui suivit dans l’un des bars du lieu, je m’étonnais de ces gestes. Assis en face de moi, Bécaud sourit, m’observa et dit : « jeune-homme, si un détail cloche, c’est moi et moi seul qui me plante. Je ne veux pas me planter, alors je contrôle tout. » Autrement dit, un artisan amoureux du travail bien fait.

Le soir de la première, à l’issue du concert, chacun célébrait la spontanéité de « Monsieur 100 000 volts ». En fait, moi je savais que rien n’était laissé au hasard. Pas même la cigarette sur laquelle tirait le chanteur entre les saluts et que tenait un garçon dans les coulisses.

Jacques ERWAN
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