Brassens, un mur

Je ne connaissais pas Georges Brassens. A l’époque, il était l’un des phares de la chanson française. Je ne l’avais jamais rencontré. Le 16 octobre 1975, un livre paraissait le concernant. A cette occasion, une réception était organisée, et j’étais invité. Il était présent. On nous présenta et, je ne sais pourquoi, on précisa que j’étais Breton. Brassens se lança alors dans un long monologue : il relatait la destruction d’un pan de mur de sa propriété sise en Bretagne par un camion. Interdit, j’écoutais l’exposition des faits et de leurs conséquences. Je guettais un silence afin de m’y engouffrer et de changer de sujet. En vain. Enfin, le discours s’interrompit et le chanteur fut happé par d’autres invités. Dépité, je m’en fus. L’ami qui m’attendait dans sa voiture lut d’emblée la consternation sur mon visage. Il m’interrogea. Je lui contai ma mésaventure. Il écouta et conclut : « tu es sans doute la seule personne au monde à laquelle Brassens a livré une telle confidence. Tu devrais être fier de cette confiance ! »

Jacques ERWAN
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