Barrault, 347

Comme de coutume, entre Noël et la Saint-Sylvestre, j’accompagnais mes parents à Paris. Cette année-là, 1967, Le Living Theater défrayait la chronique. Fondé en 1947, à New-York, par Judith Malina et Julian Beck, il offrait une série de représentations en France. Au Théâtre 347, Cité Chaptal, à Paris, la troupe interprétait « Antigone » de Sophocle, tragédie traduite en allemand par le poète Hölderlin, adaptée par le dramaturge Brecht, et pour la version jouée en France, dopée par la collaboration de Bernard Sobel ! Curieux de vivre cette aventure théâtrale, j’abandonnai mes parents, le temps de la représentation.

La salle était bondée, le plateau éclairé et nu, et une seule place demeurait libre : à côté de moi… Peu avant l’extinction des feux, une fine silhouette se glissait dans la salle et occupait le siège vacant : Jean-Louis Barrault ! Baptiste, le mime des « Enfants du paradis », le film mythique de Marcel Carné ! Me voilà tout étonné que cet homme de théâtre et acteur illustre, à l’approche de la soixantaine, fasse preuve d’une telle curiosité à l’égard de ce qui, à l’époque, était considéré comme l’avant-garde !

Je ne sais pas alors que, quelques années plus tard, journaliste du quotidien Libération, il m’arrivera de chroniquer tel ou tel des spectacles du théâtre qu’il dirige. Au début des années 80, collaborant avec son équipe pour imaginer une programmation musicale, je vérifie son insatiable curiosité et recueille, en décembre 1981, le témoignage de son amour de la musique…

Jacques ERWAN
COPYRIGHT JACQUES ERWAN