JOURNAL DE VOYAGE AUX ÎLES SALOMON


 
« … en dévidant ainsi le fil de mes jours. »

« Mémoires d’outre-tombe », Chateaubriand

 

Samedi 30 juin et Dimanche 1er juillet 2012

C’est un long vol : Paris-Hong-Kong-Brisbane-Honiara… A Brisbane, ville du Queensland, à l’est de l’Australie, c’est déjà dimanche. En transit, le voyageur subit une batterie de formalités qui attestent la paranoïa des autorités policières et douanières du pays : questionnaire écrit, inspection des bagages, scanner, fouille au corps, détecteur de poudre et d’explosifs… En transit ! Je plains ceux qui immigrent !

Salomon Airlines, la compagnie de l’archipel des Îles Salomon, décolle à l’heure : trois heures et un déjeuner plus tard, l’appareil atterrit à Honiara, la capitale, sous un ciel qui hésite entre l’azur et le gris ardoise. C’est la saison des vents et de la pluie. Le temps, ici, a neuf heures d’avance sur la France…

Nouvelles tracasseries à l’aéroport : deux douaniers fouillent mes bagages, ce qui m’agace. A la sortie de l’aéroport, un ami de mon collègue calédonien m’accueille et me conduit aimablement à l’hôtel. En fait, le Red Mansion est une modeste pension, juchée sur une colline (à l’abri des tsunamis ?). La chambre, dépourvue de confort et oubliée par les femmes de ménage, n’est guère plaisante. Mais en ces temps de Festival des Arts du Pacifique, a-t-on le choix ? Au cours de la journée, on visite deux beaux hôtels, tous deux malheureusement complets, le Heritage Park et le Solomon Kitano Mandana, « notre premier cinq étoiles », observe mon accompagnateur.

FESTIVAL

On apprend, par hasard, que la cérémonie d’ouverture de la manifestation, initialement prévue aujourd’hui, est reportée à demain. Voilà pourtant huit ans que les Îles Salomon ont été choisies pour organiser et accueillir ce festival…

Au milieu de cet océan semé d’îles, tous les quatre ans, les frères insulaires rassemblent leurs artistes -poètes, écrivains, conteurs, plasticiens, danseurs et musiciens- au cœur de l’un des pays de cette aire géographique, l’Océanie. Cette année 2012, le festival a élu domicile aux Îles Salomon, face au « détroit pavé d’acier » de Guadalcanal, ville aujourd’hui baptisée Honiara. L’archipel est un Etat indépendant, membre du Commonwealth, pays d’agriculteurs et de pêcheurs. Malheureusement, en cette île montagneuse de Guadalcanal, siège de la capitale, rivages et nombre de sites sont des dépotoirs à ciel ouvert. L’écologie, préoccupation de nantis ?

Détroit pavé d'acier de Guadalcanal
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EXOTISME 

Envahi par la torpeur des tropiques, on baigne ici en plein dépaysement, immergé au plus profond, osons le mot, d’un sublime exotisme : danseurs à demi-nus de l’île de Guam, rituel hawaïen, chorégraphie contemporaine des Fidji, flûtes de Pan des Îles Salomon, puissants danseurs des Samoa… Et ces langues, parlers et dialectes; truffés de voyelles et pétris de suavité, ils flattent l’oreille et foisonnent en cette Babel Pacifique : 832 en Papouasie- Nouvelle-Guinée, 111 au Vanuatu, 71 aux Îles Salomon, 41 en Nouvelle-Calédonie… Ainsi va la diversité du monde ! Et encore, ces noms qui sollicitent et stimulent l’imaginaire : Fidji, Hawaï, Kiribati, Mariannes, Marquises, Nauru, Palaos, Rapa Nui, Samoa, Tonga, Tuamotu, Tuvalu, Vanuatu… ces noms qui, tels un poème, chantent des lointains rêvés.

Ce festival, dont le thème est «  la culture en harmonie avec la nature », est une plongée dans l’Histoire lointaine de l’humanité et, également, une sorte d’inventaire de la création artistique de cette région du monde : ainsi, dans le domaine de la musique, de la plus pure tradition au heavy metal, en passant par le reggae

Sur le coup de 19 heures 30, nous arrivons au Pacific Casino Hotel où, reconnaissant, j’invite à dîner mon accompagnateur : le steak est trop cuit mais le demi- homard ainsi que le vin, un pinot rouge australien, sont excellents.

La nuit sera rude. Je suis victime d’une hémorragie nasale, d’autant plus difficile à juguler que la nuit, l’eau, froide, est coupée… A 4 heures 30, éclate en gerbes multicolores un feu d’artifices ! Une heure plus tard, récidive ! On apprendra le lendemain, que ces éclats participaient de la cérémonie de la coutume qui, conformément à la tradition, ouvre le festival.

Lundi 2 juillet

« La culture en harmonie avec la nature », vaste programme ! Le secrétariat du festival, une ruche qu’abrite une belle demeure de style traditionnel, sollicité pour plus de détails, est muet.

Brève incursion au marché couvert, sis face à la mer : poissons et légumes, fruits et arachides abondent sur des étals avenants, mais nombre des enfants apparaissent déguenillés…

Lunch dans l’un des restaurants d’une sorte de centre commercial flambant neuf : poulet-riz-banane planta et soda.

PARADE

Un taxi lent et indolent me conduit à proximité du stade où se tiendra la cérémonie d’ouverture, en principe à 16 heures. Sait-on jamais! On guette l’arrivée de la parade qui devait s’ébranler à 14 heures… En attendant, on explore les abords du St. John Hospital : ils sont sales, maculés de détritus jetés en plein soleil, ici comme sur les trottoirs, les berges de la rivière ou les rives de l’océan… Cette indiscipline suscite une insupportable putréfaction. On observe aussi l’anarchie de la circulation- ici, on roule à gauche- et la déambulation des Salomonais. Nombre de ces Mélanésiens vont pieds-nus, foulant la poussière. Les femmes -certaines un bébé blotti dans leurs bras- s’abritent du soleil sous un parapluie en guise d’ombrelle. Les enfants jouent, courent ou marchent dépenaillés. La plupart ont la peau sombre et le visage empâté des Mélanésiens. Si l’on se réfère à des critères esthétiques européens, mis à part certains enfants et adolescents, hommes et femmes ne brillent guère par leur beauté.

Bien avant l’apparition de la parade, s’avance une longue théorie d’une vingtaine de voitures blanches : elles transportent les chefs des délégations officielles. Il est plus de 14 heures et on attend ! On attend que le maître du temps pacifique déclenche son sablier… Peu avant… 16 heures, la parade arrive enfin à proximité du stade, chaque délégation nationale drapeau en tête. C’est un long et impressionnant défilé au fil duquel, leçon de géographie, on découvre des pays dont on ignorait l’existence et d’autres, on l’a dit, dont les noms évoquent un certain exotisme : Fidji, Samoa, Tuvalu… Sans oublier les puissances du Pacifique : Etats-Unis (île de Guam), République de Chine (Taïwan), Australie et Nouvelle Zélande… Certaines délégations cèdent à l’extravagance et au folklore, vêtues de pagnes et de parures végétales, armées de lances ; d’autres pêchent par excès de sobriété. L’ensemble, de Rapa Nui à Tahiti en passant par les Aborigènes de Taïwan, prodigue couleur et joie… La parade se prolonge une trentaine de minutes.
 

Îles Salomon, 11ème Festival des Arts du Pacifique (juillet 2012)

En attendant le défilé...
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Le défilé...
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Ensuite, débute la cérémonie d’ouverture sous un soleil et une chaleur accablants. Accablé, je fuis et marche en longeant la mer dont les rives souillées sont un dépotoir à ciel ouvert.

Le soir, on dînera au Fairyland, restaurant chinois de bon aloi : homard, poisson grillé, bœuf, arrosés d’un capiteux Shiraz Hougton australien. Obtenir ensuite une communication téléphonique avec la France requiert une infinie patience : les réseaux sont surchargés par la foule des participants au festival… Attendre, encore attendre !

Mardi 3 juillet

Multiples et vaines tentatives pour obtenir une communication téléphonique avec la France. Serviable, comme beaucoup ici, la réceptionniste se mobilise : elle appelle Telekom, opérateur local, et le convainc de libérer temporairement un circuit du réseau au profit de mon portable salomonien…

Un taxi cahote vers l’office du tourisme d’Honiara, à Point Cruz. L’employé est affable mais « le programme » du festival se résume à une liste d’horaires sans aucune autre information. Il faudra donc se débrouiller et jouer aux devinettes.

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Le Village du Festival
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Le Village du Festival
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SPECTACLES…

Au terme du lunch pizza jambon-ananas, on descend à pied vers « le village », ainsi a-t-on officiellement baptisé le site du festival. Implanté sur une vaste étendue sans relief, il est composé pour partie de maisons traditionnelles de chaque île de l’archipel des Salomon et, pour partie, de constructions traditionnelles des divers pays du Pacifique. Le végétal prime, y compris pour la tour de la télévision et les deux scènes, dont l’une est baignée par une pièce d’eau. En ce début d’après-midi, sur la scène Pasifika, la plus imposante, les réjouissances ont commencé. Un ensemble de l’île de Guam (principale île de l’archipel des Mariannes, peuplée depuis plusieurs millénaires) entre en scène. Trente-deux danseurs et danseuses évoluent, soutenus par un ensemble de vingt-quatre musiciens (cordes, percussions et voix, celles des danseurs). Filles et garçons sont « légèrement » vêtus de rouge. Cette couleur pare également la couronne de fleurs artificielles qui orne les cheveux des danseuses. A demi-nus, les garçons sont « habillés » d’un pagne écarlate et coiffés d’un serre-tête dont les fibres végétales tombent sur leur dos. Fibres qui participent aussi à la composition du costume des demoiselles. Ces danses, nous explique-t-on, procèdent d’une « reconstruction » du patrimoine des ancêtres. Elles se succèdent au gré d’un rythme époustouflant. Telle danse évoque la femme, telle autre, usant de bâtons, la construction d’une maison… La chorégraphie séduit, les danseurs impressionnent : vigueur, célérité et sensualité participent au plaisir du spectateur, ainsi que ce déhanchement suggestif, que l’on qualifiera de micronésien. Les chants sont portés par le chamorro, pidgin d’espagnol, langue du colonisateur, et de dialecte local.

Le village - spectacles / Île de Guam (archipel des Mariannes)
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Danse contemporaine (Îles Fidji)
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Architecture du toit de la tribune des VIP
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Sur l’autre scène, la scène du Lac, qu’une pièce d’eau sépare du public, évolue un groupe très roots de l’est du pays, l’île voisine de Malaita. De retour auprès de la première scène, VOYAGING SOCIETY y profère un discours écologique… A la fin, les différents ensembles de ce projet se rassemblent, une centaine d’individus environ, et offrent un impressionnant haka, danse guerrière maori. Ainsi va-t-on, d’une scène à l’autre : sous la chaleur accablante, la marche et la station debout s’avèrent éprouvantes !

HULA KAHIKO offre le traditionnel hula de Hawaï : le son d’une conque retentit puis, dix femmes, vêtues de jaune, ondulent avec grâce et sensualité. Pour certaines danses, cinq hommes, portant un long pagne, les rejoignent. La gestuelle des bras de ces vestales est empreinte de délicatesse ; celle des hommes n’est pas en reste. L’un d’entre eux, américain blanc et corpulent, suscite les rires… Une bande enregistrée, à laquelle répondent les faibles voix des danseurs, distille la musique. Truffée de douces sonorités, comme la plupart de ses sœurs du Pacifique, la langue est suave : les voyelles tissent le chant. Assises, les femmes dansent maintenant avec leurs seuls bras. Une autre danse, à laquelle participent les hommes, est dédiée aux enfants… Plus tard, au seuil de la maison traditionnelle de ce pays, se déroule une cérémonie. Dans la perspective de protéger ce foyer ?

Sur la scène du Lac, se produit Easter Island. Selon la terminologie anglaise, il s’agit donc de l’Ile de Pâques, Rapa Nui. Quatorze danseurs, dont deux fort corpulents, sont accompagnés d’une demi-douzaine de musiciens, parmi lesquels un guitariste et un accordéoniste, instrument souvent apporté par les marins… Tous sont peu vêtus : les femmes portent pagne noir et haut minimaliste juste pour cacher «  ce sein que l’on ne saurait voir », les hommes un pagne sous un ensemble de fibres végétales. Les parures des danseurs et leurs coiffures en plumes évoquent ces figures sculptées dans la pierre par les Indiens précolombiens. Le pas de danse est pesant mais, la chorégraphie est nimbée d’une langueur océane et atteste une sensualité assumée : ainsi, lors des saluts, les hommes agitent à tour de rôle leur bas-ventre… Les deux danseurs les plus corpulents, un tantinet moins démonstratifs, imitent leurs collègues et, le public, enthousiaste, est hilare.

Ce public du festival est familial, jeune, bon enfant et curieux, voire avide. Des nuées d’enfants s’amusent et courent ici et là tandis que les bébés, blottis à l’abri des bras de leurs mères, succombent à la torpeur. Sans doute les distractions sont-elles rares en cet archipel et le public ne boude pas son plaisir.

Sous le porche de la maison de Taïwan, on croise les représentants de deux des tribus aborigènes de l’île, Taya, vêtus de rouge et blanc, Rukai, tout en rouge.

La scène du Lac accueille les impressionnants danseurs des Îles Samoa : plusieurs dizaines d’hommes, vêtus de fibres végétales. Virils et martiaux, ils dansent et chantent, accompagnés de percussions.

Plus tard, après une brève incursion face à la scène Pasifika pour admirer une chorégraphie contemporaine des îles Fidji, sur cette même scène, la Nouvelle- Calédonie présente un spectacle inspiré des coutumes, de l’Histoire et des légendes de l’île. Long et fastidieux, le propos, tenu en français, est traduit au fur et à mesure en anglais. On s’ennuie ferme, d’autant que la musique, prodiguée par six musiciens (percussions et harmonica) semble pauvre à l’oreille européenne et répétitive. Quant aux danseurs, deux fois quatre danseurs hommes et femmes, habillés de blanc, succéder à leurs énergiques collègues des Samoa les dessert d’emblée : la danse de cet ensemble, TERRE BRÛLEE, paraît anecdotique, mièvre et médiocre.

Ensuite, la scène du Lac magnifie cette journée : l’ensemble de flûtes de Pan TARAWASIWASI, perpétue cette tradition de l’île de Malaita (Îles Salomon). Il offre le plus beau concert de ce jour dont les lumières, à cette heure, se reflètent dans le miroir des eaux du bassin. Une trentaine d’hommes à demi-nus, dont deux armés d’un arc, soufflent dans des flûtes de Pan de formes et de dimensions variées, de la plus légère à la plus massive ou bien, les battent comme autant de percussions. Ces lutins, vêtus d’un pagne et de peintures corporelles, jouent, dansent et chantent avec une énergie et un entrain communicatifs… Dommage que le commentateur, irrévérencieux, se soit cru autorisé à commenter les deux premières pièces interprétées par le groupe.

Au Heritage Park Hotel, le blanc de poulet purée, arrosé de deux verres d’un excellent Shiraz australien, composera le dîner.

Mercredi 4 juillet

Ici, les amis qui s’aiment, hommes et femmes, se tiennent par la main ; des nuées d’enfants, insensibles à la chaleur, courent et jouent comme tous les enfants du monde. Les femmes, jeunes, bébé blotti au creux de leur sein, vont à l’abri de parapluies qui fleurissent comme autant d’ombrelles de couleur. Elles vont d’un pas mesuré et indolent. Comme partout, les adolescents testent leurs charmes auprès du sexe opposé…

SPECTACLES BIS

Aujourd’hui, l’ensemble NOT PETINKOS, composé de jeunes gens du Vanuatu, inaugure l’après-midi sur la scène du Lac : quatre percussionnistes battent quatre pièces de bois, creuses et fendues horizontalement, posées sur autant de chevalets. Onze danseurs, torse nu, comme les musiciens, portent un pagne en fibres rouges pour tout vêtement et des sonnailles attachées aux chevilles. Ils manient des bâtons qui figurent peut-être des sagaies. Ils évoluent en ligne, plus rarement en ronde, et font retentir leurs sonnailles.

BARUKU, groupe des provinces de l’Ouest (Îles Salomon) leur succède. Ses membres, drapés en de longs pagnes en fibres de couleur claire, sont coiffés de couronnes de feuillage : vingt hommes et femmes musiciens, point de danseurs. Ils chantent et les voix sont belles ; ils frappent deux séries de flûtes de Pan posées à même le sol, qui fait caisse de résonance, et jouent d’une demi- douzaine de guitares de taille et tonalité diverses. Ils demeurent statiques et leurs chants, comme leur musique, s’écoutent avec plaisir.

Ensemble de flûtes de Pan, Îles Salomon
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Ensemble de flûtes de Pan, Îles Salomon
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NATA GUERA (est-ce bien ce nom ? Au jeu des devinettes, on ne gagne pas toujours !), un autre ensemble du pays, entre en scène : il vient de la province de Makira, la région des bananes. Vingt-huit danseuses s’avancent, seins nus, jupe de couleur rose parsemée de fibres et diadème, planté de fibres roses également, posé sur leur chevelure. Leurs chevilles sont ornées et leurs poignets parés de bracelets, que le gracieux mouvement de leurs bras fait tinter comme des percussions. Leurs aisselles sont fleuries de feuilles et, sur leur poitrine pendent des colliers. Leur pas est souple et lent, il les porte d’avant en arrière et volte… De temps à autre, elles poussent des cris aigus. Parmi elles, on remarque des petites-filles. Les cinq hommes, longs pagnes en fibres, qui escortent leur danse, chantent une sorte de yodle … Et voilà que retentit une conque : des coiffes blanches et pointues se substituent aux couronnes de fleurs et, de longues tiges vertes feuillues apparaissent dans les mains des danseuses qui poussent à nouveau de petits cris aigus. Des hommes et des enfants nus, le corps enduit d’ocre rouge, se poursuivent. Leur apparence est propre à effrayer…

Vient, ensuite, un groupe de l’île de Malaita (Îles Salomon). Dix hommes, vêtus de longs pagnes en fibres vertes -elles parent aussi leur chevelure- la poitrine ornée d’un collier, s’assoient sur le sol et forment un cercle. Ils chantent et leurs voix séduisent. Debout, un homme agite une sorte de grelot. Dix-huit danseurs apparaissent ; habillés comme les chanteurs, ils forment une ronde autour de ceux-ci. Leur danse est puissante ; ils martèlent le sol de leurs pieds et font retentir les sonnailles qui garnissent leurs chevilles. Tout cela est beau et réjouissant !

Ensemble de la province de Makira (Îles Salomon)
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Ensemble de la province de Makira (Îles Salomon)
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On retrouve, ensuite, le groupe de l’île de Guam en formation musicale réduite, mais toujours aussi séduisant. Enfin, un petit ensemble de Papouasie-Nouvelle-Guinée, pays, dit la présentatrice, où l’on parle plus de 800 langues, une véritable tour de Babel de l’Océanie ! Sept percussionnistes frappent le bois et chantent. Trois danseurs portent une sorte de corolle végétale autour de la taille, la tête enfouie dans une autre, épaisse celle-là et surmontée d’un long cou et de deux plumes blanches. La vision est étonnante, le sautillement des danseurs lassant et la musique répétitive.

Le taxi, qui me conduit dîner d’un excellent poisson local, évoque « les tensions », advenues « entre 1998 et 2001 », qui ont opposé habitants de Guadalcanal et de Malaita, les deux îles voisines. Les uns reprochant aux autres d’accaparer le travail à Guadalcanal. L’ordre aurait été rétabli avec le concours de la police australienne, dont des éléments seraient toujours présents sur l’île. Au cours du dîner, on découvre un joli groupe de danse de Vagina, Provinces de l’Ouest (Îles Salomon).

Jeudi 5 juillet

Nuit éprouvante ! L’alcoolique de la chambre voisine suit la diffusion nocturne des matchs de rugby qui se déroulent en Australie… Tout le Pacifique est sur le pied de guerre.

Les bananes vertes du breakfast sont savoureuses !

Aux alentours de midi, le ciel s’obscurcit, se teinte de gris ardoise et la pluie martèle le sol, une lourde pluie tropicale. L’ondée cesse et les oiseaux chantent à plein gosier : quel tapage ! La pluie récidive, les oiseaux se taisent.

En début d’après-midi, au « village », sous une petite pluie fine, toute activité est interrompue. Le temps s’écoule sous ce ciel gris et pluvieux.

PEUPLES « ETRANGES », PEUPLES « PREMIERS » ?

En milieu d’après-midi, on apprend que la présentation des Aborigènes d’Australie est annulée. Le programme reprend avec le groupe MOUITAONAHIONA de Malaita (Îles Salomon). Cet ensemble joue des flûtes de Pan (are are) : une quinzaine d’hommes, dont deux armés d’arcs, sont vêtus de courts pagnes et certains, d’un simple cache-sexe en fibres végétales. Tous portent des peintures corporelles. Ils soufflent dans de petites flûtes de Pan, ainsi que dans une longue, jouent des percussions et chantent. Presque nus, deux d’entre eux portent des feuillages pour tout vêtement. Les uns demeurent statiques, les autres dansent. Quelques-uns ont le front ceint d’un diadème. Ils quittent la scène en file indienne. C’est le terme de l’une des séquences roots, musiques de ces « peuples premiers » ou « peuples étranges », comme les nommait le sociologue Henri Mendras. « Premiers », « étranges » par rapport à qui ? On n’échappe jamais à ce dilemme…

Entre ensuite en scène un ensemble de la province de Makire Ulawa. Une conque retentit. Au fond, côté jardin (à gauche quand on regarde la scène), quatre jeux de grosses flûtes de Pan, frappées par trois musiciens ; à leurs pieds, trois percussions horizontales en forme de tonneau. Les danseurs apparaissent : ils portent des pagnes de taille moyenne en fibres claires et une coiffure légère de couleur rouge. D’aucun armé d’un arc, d’autres de lances. Pas de côté, sautillements, rapides mouvements de bras. Beau spectacle mais la prestation est trop longue et le commentateur, comme ses confrères, excessivement bavard. Tous ont la mauvaise habitude de parler sur la musique.

Le groupe de RANONGA, venu des Provinces de l’Ouest (Îles Salomon) se présente : seize hommes, portant pour seul vêtement un cache-sexe, mais parés de peintures corporelles qui courent aussi sur le visage. Chevilles et genoux sont ornés de ces coquillages qui, autrefois, servaient de monnaie. Ils portent par ailleurs une sorte de plaque pectorale. Ils martèlent le sol de leurs pieds et même, se tapent… le cul par terre et, ce faisant, amuse la galerie à bon compte…

L’île de Rotuma est une petite île de l’archipel des Fidji ; « elle appartient autant à la Mélanésie qu’à la Micronésie », précise le présentateur. «  Son Histoire n’est ni écrite ni imprimée, elle se transmet à travers les chants», poursuit-il. Une Histoire à travers chants, donc, qui recense les premiers « contacts urbains », voilà deux siècles. L’ensemble se compose de seize danseurs et danseuses ; ils sont également chanteurs. Ils sont vêtus d’un paréo vert clair tenu par une ceinture aux longs parements vert foncé. Statiques, ils dessinent des mouvements de pieds et de bras tandis qu’ils chantent, entre autres, un chant d’adieu d’un frère à sa sœur… Leur chant est rythmé par la frappe d’une sorte d’épais « tapis » de végétaux. Les hommes de ce groupe, comme la plupart des filles, sont jeunes. Ce sont de solides gaillards, que l’on imagine disputant âprement un match de rugby. Leurs chants et leurs danses mixtes paraissent fort virils, voire sauvages. Ces hommes se défont de leur haut et, torse nu, d’abord assis puis, debout, chantent une mélodie, qui pourrait faire penser à celles que l’on entend à Tahiti…

Un groupe de flûtes de Pan de Makira (encore un !), qui n’était pas prévu au programme, leur succède. Il interprète les hymnes et s’égaye ensuite en jouant ! Je suis las et je m’évade pour rejoindre l’hôtel.

Sans doute un autre groupe de lîle de Malaita (Îles Salomon)
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Ensemble de la province de Makira (Îles Salomon)
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Ensemble de la province de Makira (Îles Salomon)
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Ensemble de la province de Makira (Îles Salomon)
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Ensemble de Rotuma (archipel des Fidji)
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Ensemble de Rotuma (archipel des Fidji)
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Ensemble de Rotuma (archipel des Fidji)
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Vendredi 6 juillet

Le ciel est incertain. Aujourd’hui, on fête l’indépendance, advenue le 7 juillet 1978, avec un jour d’avance pour ne pas empiéter sur le week-end !

MUSEE

Visite du Musée national, dépourvu d’intérêt : en effet, mis à part quelques panneaux photographiques légendés, il est quasiment vide. On y apprend cependant que le premier peuplement de l’archipel s’est effectué voici 29 000 ans, à partir de l’Asie du sud-est, à travers la Nouvelle-Guinée. Plus tard, des migrants arriveront en provenance d’autres îles…

Les habitants pratiquent le culte des ancêtres dont on conserve le crâne dans des chasses. Leur implantation géographique délimite les terres et, la terre est un facteur d’identité. Aux ancêtres, on offre des sacrifices, de porcs par exemple, ou de la monnaie locale. Ces pratiques sont désignées par le terme kaston et se perpétuent parallèlement aux religions chrétiennes. En 1893, l’archipel devient un protectorat britannique.

Dans l’enceinte du musée, on découvre un stand, fort instructif, relatif aux langues du Pacifique, sujet déjà évoqué plus haut.

En Papouasie-Nouvelle-Guinée, on a inventé, voici des millénaires, un système qui permet de compter et de situer les évènements dans le temps : on compte de un à vingt-quatre, en partant du petit doigt de la main gauche et en remontant sur le bras et jusqu’entre les deux yeux. A ce stade, on dit manda et, on poursuit du côté droit…

Les Îles Salomon furent le théâtre de deux célèbres naufrages : celui de monsieur de La Pérouse, au XVIII° siècle, et celui de John Kennedy, pendant la seconde guerre mondiale. Les îles que l’on aperçoit à l’horizon de la baie de Guadalcanal sont les îles Florida, ancienne capitale jusqu’à la Seconde guerre mondiale.

Le déjeuner sera japonais : teriaki poulet.

En début d’après-midi, une petite pluie fine tombe tandis qu’arrivent de Nouvelle-Calédonie mon collègue Alain Lecante et Evariste, son ami de la SACENC. Alain est familier de l’île, comme il l’est de la plupart des îles du Pacifique. Il a loué un véhicule qui nous emmène d’abord au siège du festival, où l’on rencontre son directeur, Robert Au, puis au « village » : au stand de la Nouvelle-Calédonie, je fais la connaissance de Nadège Lagneau, responsable de l’agence de développement de la culture kanak.

OCEANIENNES

Sur la scène Pasifika, évolue un ensemble de l’île de Nauru (Micronésie) : dix femmes et autant d’hommes. Elles portent bustier blanc et pagne de dimension moyenne, en fibres de couleur verte ; leur chevelure est ornée de feuilles. Ils vont torse nu, enveloppés dans un pagne semblable. Le pas de la danse est lent et souple. La prospérité du phosphate évanouie, l’île est aujourd’hui un rocher désolé.

Un string band de Samoa indépendant leur succède. Les sept musiciens, cinq guitaristes acoustiques et deux percussionnistes, arborent paréo noir et chemise chamarrée. Tutti ou solo, Ils chantent aussi, sur des rythmes lents et langoureux. Leurs voix sont banales, voire médiocres. Elles lestent le chant d’une sorte de yodle. L’un des musiciens interprète en solo trois chansons qu’il enchaîne. Le public, ravi, bat des mains. L’ensemble alterne, ensuite, rythme lent et rapide. Lent, le dernier titre est un tantinet faux.

Sur les bancs de la tribune VIP, des femmes s’assoient à côté de moi : elles sont, me disent-elles, originaires de l’île de Guam. On les dirait évadées d’un tableau de Paul Gauguin…

C’est ensuite un groupe de Tahiti qui pénètre sur scène : cinq percussionnistes, sept danseuses, tout de blanc vêtues, et cinq danseurs, torse nu, long pagne en fibres rouges. Le spectacle est bien mené, mais folklorique. Dès l’annonce de cette prestation tahitienne, le public a déferlé devant la scène et, il exulte… Tous les goûts sont permis !

Le dîner aussi sera japonais : un bento composite, arrosé de saké.

Samedi 7 juillet

Le soleil joue à cache-cache avec la pluie. Après une inutile incursion au siège du festival, où l’on ignore encore ce qu’est un programme, on déguste un café, accompagné de cookies, au charmant Bamboo Café. On retourne ensuite au siège de la manifestation pour l’établissement des indispensables laisser-passer. Suit une rencontre avec Emmanuel Tjibaou, l’un des fils du leader néo-calédonien assassiné, le 4 mai 1989.

Le quotidien local, le « Solomon star », titre à la une : « Plug out » (débranché). Les techniciens néo-zélandais, qui œuvrent sur la scène du stadium, exigent qu’elle soit reconstruite, faute de quoi, ils plieront bagages… Diable ! Tous les citoyens du Pacifique ne sont guère … pacifiques !

EXPOSITION

L’exposition du festival attend notre visite :

On y admire de belles œuvres graphiques de l’île de Guam, les jolis chapeaux tressés de l’île de Norfolk (34,6km2, 2169 habitants, associée à l’Australie), des sculptures colorées d’Australie, de délicates étoffes de Papouasie-Nouvelle-Guinée, les acryliques multicolores des îles Fidji, archipel d’un « multiculturalisme » déclaré, les sculptures d’ébène des Îles Salomon, les innombrables toiles figuratives d’un peu partout, qui représentent corps, visages, coquillages, fleurs… La nature et l’humaine nature ! On apprécie aussi une très belle et fine œuvre en verre d’Australie.

Alain Lecante connaît tous les lieux magiques de l’île : on déguste le déjeuner au Raintree Café, paillote les pieds dans l’eau, face au Pacifique lumineux sous les feux du soleil, tandis qu’à l’horizon, se dessine le paysage des îles…

Raintree Café
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Fleurs des Îles Salomon
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DANSES …

Au début de l’après-midi, la scène Pasifika accueille un ensemble de l’archipel des Fidji : sept hommes, pagne long de fibres végétales, couleur paille, ceinture de coquillages, couronne de ce même matériau, plantée de végétaux de couleur claire ; poignets et bras ceints de bracelets, le cou d’un collier et la poitrine traversée par une décoration. Les huit femmes arborent le même type de costume, mais le pagne adopte la couleur noire, et une crinière jais tombe dans leur dos. La danse est spectaculaire : pas rapides, hanches mobiles, mouvements secs et saccadés des bras et de la tête. L’une des chorégraphies se développe en position accroupie. Le final ressemble à un haka qui, selon l’ami Alain est, là-bas, dénommé meke. Ensuite, quatre autres danseurs, portant pagne vert et armés d’une sorte de massue, évoluent brièvement. A la sortie de la loge, aux habits traditionnels s’est substituée une sorte de paréo, qu’ils désignent du nom de suluvatonga.

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Ensemble de l'archipel des Fidji
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Ensemble de l'archipel des Fidji
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Ensemble de l'archipel des Fidji
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Ensemble de l'archipel des Fidji
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Ensemble de l'archipel des Fidji
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Ensemble de l'archipel des Fidji
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Ensemble de l'archipel des Fidji
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Ensemble de l'archipel des Fidji
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Viennent alors The Chooky Dancers, six garçons aborigènes du nord-est de l’Australie, une île au nord de Darwin. La première danse, corps peint et, en guise de coiffure, une sorte de serre-tête prolongé par une longue queue, célèbre la tradition aborigène. Après quelques minutes en coulisses, les six garçons réapparaissent, enveloppés dans un paréo et munis chacun d’un parapluie : ils dansent sur la musique de… « Singing in the rain » ! Le public est hilare ! La troisième chorégraphie, short sombre et foulard de couleur noué dans les cheveux, dessine pas et mouvements rapides sur une musique qui sonne comme une sorte de bangra beat anglo-pakistanais. Enfin, short sombre encore, ils se déhanchent sur le rythme volontairement accéléré d’une musique grecque puis, esquissent… une danse du ventre ! Le public est ravi ; les professionnels présents aussi. Plus tard, cette unanimité consacrera ce spectacle comme le clou du festival.

Chooky Dancers, aborigènes d'Australie
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Singing in the Rain...
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On assiste ensuite à une étrange création néo-zélandaise : deux musiciens, flûte et percussion, et une voix escortent un couple de danseurs ; seul un cache-sexe préserve la pudeur de l’homme dont le corps est peint. On crie, on court, on vocifère… Ce HAWAKI TU HAKA oscille entre tradition et contemporain et on ne sait que penser de cet essai.

ET TAPERAS

Dans la cour du Secrétariat du festival se dressent des gradins. En face, sur la cendrée, un chœur mixte de douze personnes chante un répertoire religieux de Nouvelle-Calédonie, un style que l’on qualifie là-bas de taperas (tempérance). Les choristes portent, me dit-on, des habits « mission ». Originaire d’Ouvea, (localité tristement célèbre, depuis les évènements violents survenus sur cette île au printemps 1988), l’ensemble compte dans ses rangs Emmanuel Tjibaou. Une autre formation offre, ensuite, un répertoire de berceuses…

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Les sculpteurs de l'île de Pâques exceptionnellement sculptent le bois, et non comme de coutume la pierre
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Une oeuvre d'une autre île
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Apéritif face à la mer sur la terrasse du Capitana, l’un des restaurants du Kitano Mandana. On dînera à cette même table d’un savoureux poisson des récifs, accompagné de riz et arrosé d’un vin blanc australien de bon aloi.

Incursion dans la discothèque de l’hôtel Heritage Park : un DJ et un bar animent l’extérieur et, le même dispositif prévaut à l’intérieur où chemise et chaussures sont obligatoires pour les autochtones ! La musique est, en tous lieux, assourdissante. Les jeunes boivent beaucoup et se trémoussent un peu, sans grâce, comme s’ils se conformaient à un protocole obligé. A 2 heures, on renonce…

Dimanche 8 juillet

LE TOUR DE L’ÎLE

Beau temps et souffle du vent. Les fêtards se lèvent tard… Il est plus de midi lorsque nous quittons notre havre. La première étape est une visite au marché du dimanche de Kukum, révélateur du quotidien : on y vend poissons divers et langoustes, à l’abri de conteneurs de glace pilée, manioc, melon et noix de coco… A l’intérieur du magasin adjacent, le Chinois, juché au haut de sa caisse, surveille négoce et chalands. La deuxième étape offre au visiteur la découverte d’une maison traditionnelle édifiée sur pilotis. La troisième, est l’occasion d’un excellent déjeuner, composé de poisson frit et de patate douce, dans un cadre enchanteur : on admire l’océan auquel le vent insuffle une certaine agitation, tandis que le soleil réapparu éclaire ce panorama de matin du monde.

Marché du dimanche de Kukum
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Marché du dimanche de Kukum
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Marché du dimanche de Kukum
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Marché du dimanche de Kukum
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Un village de lîle de Guadalcanal (Îles Salomon)
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Sur la route, on peut même se restaurer...
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Fleurs de tiaré
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Un autre village
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Au terme du repas, nous rebroussons chemin et prenons la direction d’Honiara. La quatrième étape est poétique. Ici, allongées sur l’estran, deux pirogues paressent auprès d’une maison, à l’ombre d’un pandanus ; sur la plage, solitaire un homme déambule; il contemple une île dans le lointain. Là, on découvre un village au cœur d’une flore abondante. Au bord de la route, des étals sans abri proposent au promeneur poulet, poisson et crevettes grillées… La cinquième étape célèbre la mémoire : sur une éminence, à proximité d’un bosquet de fleurs de tiaré, derrière des grilles, s’élève un monument américain in memoriam. Après la bataille de Midway (juin 1942), la guerre du Pacifique se poursuit à Guadalcanal, du mois d’août 1942 à février 1943. Au cours de cette période, six batailles opposent forces américaines et japonaises et, nombre de navires des deux belligérants sont envoyés par le fond : plusieurs dizaines de porte-avions, sous-marins, cuirassés, destroyers, torpedo boats, navires de transport… gisent sous la mer, ainsi que des milliers de squelettes dont la chair a régalé les requins « pendant des années », racontent les autochtones. Aujourd’hui, comment peut-on nager dans ces eaux qui abritent le plus vaste cimetière marin au monde ? Sur les pentes de la colline, au cœur de la végétation, pointent des maisons couvertes de chaume, comme autant de pauvres masures. La sixième étape conduit, au fil d’une route truffée d’ornières, au Parlement national, un édifice en béton de forme circulaire. A proximité, des arbres ont l’apparence d’êtres humains tout de vert vêtus… La septième mène au-delà d’Honiara, non loin de l’aéroport, à Alligator Creek, un paysage bucolique : une rivière, une chaumière et des arbres luxuriants qui se mirent dans le miroir de l’eau. La huitième et dernière étape offre une pause au motel de l’aéroport dont le décor évoque l’archipel des Fidji. Une salle à l’étage est naturellement ventilée, joliment ornée et pourvue d’un billard et d’un écran de télévision. En empruntant l’escalier qui y conduit, on admire l’imposant tronc de flamboyant sculpté.

À Honiara, le Parlement de l'archipel.
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Alligator Creek
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En début de soirée, on célèbre (encore) l’indépendance au PCYC, le Point Cruz Yacht Club : un gâteau représente le drapeau du pays, et des musiciens locaux divertissent les invités qui, d’évidence, préfèrent les délices du buffet au charme de la musique…

Lundi 9 juillet

MARCHÉ

Le ciel hésite entre la couleur ardoise des nuages et l’azur du ciel. Advient une pluie violente à laquelle succède le soleil… En fin de matinée, on s’achemine vers le marché central, une vaste halle couverte au cœur de la ville. L’édifice s’ouvre sur des étals et des marchands installés en plein air et, au-delà, sur la mer. On y trouve tout ou presque : robes et objets d’artisanat, balais en végétaux et paniers tressés, légumes variés, bananes et ananas, melons et citrons verts, cacahuètes et noix de coco, oignons et cucurbitacées aux formes étranges, coquillages et poissons divers, restauration à emporter… Les marchandes sont assises à même le sol, entre les étals. Les commerçants sont regroupés par produit, à la manière de l’organisation des souks arabes. Les chalands sont majoritairement des autochtones. Parfums, effluves et odeurs se mêlent ; tous ne flattent pas l’odorat !

Marché central à Honiara
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DANSE PACIFIQUE

En début d’après-midi, sur la scène Pasifika évoluent les danseurs des Samoa américaines : onze femmes coiffées d’un chignon, vêtues d’un bustier rouge et d’un paréo noir à parements végétaux et, huit solides gaillards, torse nu et paréo noir, également orné de parements. Guitare et percussions, cinq musiciens les escortent. L’une des danses, durant laquelle les danseurs courent sur place, est « un hommage au cocotier ».

Sur cette même scène, suivent dix danseuses des îles Palaos ; elles évoluent sur une bande- son. Elles portent un long pagne en fibres de couleur bleue et un bustier de couleur qui, en fait, est le haut d’une robe que l’on aperçoit sous le pagne. Leur chevelure, parée d’une fleur, est tressée en une natte. Elles dansent le plus souvent en ligne, parfois en couples féminins, le temps d’une musique qui ressemble au rock ! La danse Pacifique est une ondulation plus ou moins accentuée du corps, qui obéit au règne de la courbe. Elle se développe le plus souvent pieds-nus.

Un sculpteur de Samoa façonne une effigie dans une haute pièce de bois…

Voilà que deux Japonais entrent en scène. La danseuse est parée d’atours qui pourraient être traditionnels, mais sa danse se veut contemporaine. Le musicien est le compositeur. La musique est pompeuse et tonitruante, à tel point qu’elle fait pleurer les enfants…

Sur la scène du Lac s’avance un ensemble « traditionnel » de l’île de Guam : dix femmes vêtues d’orangé et d’un long pagne en paille et autant d’hommes en paréo noir, ceints de jaune ou d’orangé. Tous portent une couronne végétale de couleur jaune.

Une sorte de big band des îles Fidji, bruyant et médiocre, envahit l’espace de la scène Pasifika… On ne s’attarde pas.

L’ensemble TORES STRAIT ISLAND lui succède : voix, guitare et trois percussions (une courte et deux longues), six femmes apparaissent et quatre archers (deux de chaque côté) s’avancent et marchent d’un pas martial. Ils portent un pagne de taille moyenne en fibres claires, un haut blanc, et une sorte de diadème. Ils se meuvent en ligne. Les voix des femmes sont criardes et le rythme lent se traîne.

Danseuses des Samoa américaines
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Sculpteurs des Samoa ?
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Un ensemble « traditionnel » de l’île de Guam
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Danseur de Avaiki Papa Muavaka
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PAN

Sur la scène du Lac, on écoute un ensemble de are are de l’île de Malaita, fief de la tradition des orchestres de flûtes de Pan : dix-neuf hommes, quasiment nus, cache-sexe et peintures corporelles, front ceint de coquillages. Au fond de la scène, sont posées une percussion et deux imposantes flûtes de Pan, animées par le souffle et trois autres frappées comme autant de percussions. Devant, sonnent douze flûtes de Pan de dimensions normales. Tels des lutins, les hommes soufflent, frappent, chantent et dansent en un perpétuel mouvement… Spectaculaire et enthousiasmant !

La scène Pasifika accueille alors le groupe MAENIANI des Îles Shortland (îles volcaniques des Provinces de l’Ouest des Îles Salomon) : vingt hommes drapés en de longs pagnes de fibres et de feuillage jouent également de la flûte de Pan. Une musique très roots, « peuple premier », mais qui manque d’élan.

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Ensemble de flûtes de Pan de l'Île de Malaita, île voisine de l'île de Guadalcanal
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Mardi 10 juillet

Le ciel crache son venin et fomente un véritable déluge !

EFFROI MAORI

En début d’après-midi, sur la scène Pasifika, les Maoris de Nouvelle-Zélande offrent un magnifique spectacle, un haka kapa haka. L’ensemble TE MATAARAE I OREHU rassemble quinze hommes, dans le plus simple appareil, cache-sexe en fibres végétales et fesses nues, corps et visage peints de motifs traditionnels divers, un quartier de lune autour du cou de certains en guise de collier, et quinze femmes en robe blanche, semée de plumes fauves et pendants noirs, la chevelure piquée de trois plumes, deux blanches et une fauve. Tous chantent ; deux guitares les accompagnent. Tous dansent, nus- pieds, ces danses puissantes, bras en mouvement, répartis en deux fois deux lignes. Hommes et femmes composent des visages qui expriment la cruauté et suscitent l’effroi : ils tirent la langue et affectent un regard farouche. Quelle vigueur ! Pour l’une des danses, les femmes jouent, chacune, avec une boule blanche dans chaque main ; pour une autre, tous se saisissent d’une baguette… Le profane demeure perplexe : le sens n’est guère explicite, et il ne sera pas explicité.

Ensemble maori Te Mataarae I Orehu de Nouvelle-Zélande
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Ensemble maori Te Mataarae I Orehu de Nouvelle-Zélande
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Ensemble maori Te Mataarae I Orehu de Nouvelle-Zélande
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Ensemble maori Te Mataarae I Orehu de Nouvelle-Zélande
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Ensemble maori Te Mataarae I Orehu de Nouvelle-Zélande
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Incursion à l’atelier de batik de Samoa ; un homme originaire de cette même île, lui, sculpte une percussion dans le bois.

Sur la scène Pasifika, on conte une légende : une légende de l’île de Guam, celle d’une créature qui s’inscrit au cœur de légendes d’autres îles…

Sur la scène du Lac, la culture traditionnelle de la Nouvelle-Calédonie est à l’honneur. Neuf hommes, vêtus de longs pagnes de fibres claires et de plumes, les chevilles ornées des mêmes fibres, portent des peintures sur le corps. Une percussion rythme leur danse. Armés de lances, ils frappent le sol à pas saccadés. Le spectacle est répétitif et monotone. Dommage !

COLLECTIF

Venus, semble-t-il (ici, faute de programme, on est parfois réduit à des hypothèses), du nord-ouest de l’île de Guadalcanal, dix-neuf hommes et autant de femmes, toutes générations confondues, vont, les hommes vêtus seulement d’un pagne court, munis d’un bouclier et d’une lance, les femmes, seins nus, et pagne de taille moyenne en fibres claires, paille entre les mains. La présence d’enfants dans ce groupe atteste que la transmission de la tradition se poursuit naturellement. Les femmes chantent et offrent une danse minimaliste en évoluant sur deux files, puis en dessinant une ronde et, de nouveau sur deux files. Les hommes chantent également et se lancent dans une danse au rythme plus soutenu, au pas plus marqué. Comme lors de leur entrée en scène, tous s’inclinent face aux quatre points cardinaux.

Une vingtaine de femmes et de petites filles, de l’est de Guadalcanal, déambulent seins nus et pagne de taille moyenne en fibres claires. Toutes, serrées les unes contre les autres, dansent en agitant les bras dans un mouvement d’essuie-glace. La danse, me dit-on, s’intitulerait huba. Comme la plupart des danses du Pacifique, c’est une danse collective. Peut-être symbolise-t-elle l’unité et la solidarité de la communauté.

C’est, ensuite, l’ensemble de l’île de Niué, TAUKOLL NIUE TUAI, composé de cinq femmes, robe de couleurs verte et blanche, fleurs piquées dans les cheveux, et d’une percussion, ainsi que de cinq autres femmes, court vêtues de rouge, ce sont les danseuses, et de quatre hommes en paréo rouge, collier orangé, armés d’une lance. Une des danses se développe en position assise, bras en mouvement…

Ce soir encore, le dîner sera japonais.

Atelier de batik (Samoa)
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Un homme sculpte une percussion (Samoa)
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Ensemble Taukoll Niué Tuai (Île de Niué)
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Ensemble Taukoll Niué Tuai (Île de Niué)
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Mercredi 11 juillet

Le dôme du ciel est bleu. En ce milieu de matinée, la circulation est engorgée. A l’hôtel Kitano Mandana, fructueuse rencontre avec Méré, responsable du département « National heritage, culture and arts » des Îles Fidji. En cet archipel qui appelle le rêve, on nomme bure, apprend-t-on, la maison traditionnelle.

TREMBLEMENT ET STUPEUR

A la mi-journée, il pleut. Je regarde la pluie tomber. En début d’après-midi, soudain, la terre tremble : 5,3 sur l’échelle de Richter ! Redouté, le tsunami ne se manifeste pas. La peur se dissipe.

Sur le coup de 16 heures, les spectacles reprennent leur cours. L’ensemble T.F. TANITE de l’île de Malaita présente neuf hommes en longs pagnes de fibres claires et feuillages, portant collier au cou et sonnailles aux chevilles. Ils dansent en ligne (deux lignes) ou en ronde, parfois accroupis ; bras et mains participent à la chorégraphie. Leurs déhanchements suggestifs ravissent le public. La hanche océanienne est libre, la fesse vagabonde voire, mutine… Une demi-douzaine de percussions et des voix accompagnent et rythment la danse.

L’ensemble de Renbel (Îles Salomon), vient, apparent paradoxe, de cette île polynésienne de… Mélanésie ! L’Océanie est un continent complexe ! Le groupe rassemble une vingtaine de femmes et autant d’hommes, escortés d’une percussion. Ils portent robes et pagnes en fibres. Les hommes vont torse nu. Ils dansent et forment des rondes…

Las et saturé de traditions et de folklore, je renonce, en fin d’après-midi, et regagne mes pénates.

Ce soir, les cafards ont fait leur apparition…

Jeudi 12 juillet

Ciel ardoise qui crache ensuite des tornades de pluie. Il pleut sans discontinuer… Lors du déjeuner dans l’agréable restaurant d’un grand hôtel, le service va au rythme de l’habituelle lenteur océane…

Au milieu de l’après-midi, le ciel retient ses larmes, la pluie est timide, peut-être parce que sur la scène du Lac, un prêcheur prie … le ciel et évoque longuement le Christ. Les spectacles reprennent ensuite leur cours.

SENSUALITE

Cinq femmes d’un ensemble de Niué, court vêtues de violet, ceinture végétale et fleurs dans les cheveux, évoluent pieds-nus, au son d’une bande enregistrée… Volontiers mobile, leur postérieur est suggestif et sensuel et leurs bras dessinent comme des arabesques… Grâce et sensualité irriguent ce spectacle. Le temps d’une danse, deux hommes et un adolescent, torse nu et paréo bleu, les rejoignent et demeurent statiques au fond de la scène.

Dix femmes de l’archipel des Palaos, belles, gracieuses et sensuelles, offrent une danse en ligne raffinée. Elles portent un pagne de longueur moyenne et de couleur verte ; il est orné de parements rouge et noir. La taille est ceinte d’une étoffe jaune clair, couleur également du soutien-gorge. Une fleur est piquée dans la chevelure ramassée en chignon. Elles dansent pieds-nus en chantant à l’unisson. Dans chacune de leurs mains, elles tiennent une sorte de fleur végétale, corolle paille et fleur rose, et un bâtonnet. A l’aide de ces objets, elles font le mouvement de piquer ou d’enfoncer, ce qui déclenche l’hilarité du public. Ce geste est-il une métaphore de l’acte sexuel ?

Un autre ensemble de l'île de Niué
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Ensemble de l'archipel des Palaos
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ORIGINAL

Longtemps, la pirogue fut le lien entre les îles du Pacifique. Issus des Provinces de l’Ouest, six hommes, dont la peau est très sombre, portent un tomoko, pirogue de guerre dont proue et poupe s’élèvent en une hampe piquée de blanc. Ils mettent le bateau à l’eau, à l’une des extrémités de la pièce d’eau qui ceint la scène du Lac et, ils pagaient : l’un à l’avant, deux bancs de deux hommes au milieu et, un dernier à l’arrière. Navigant sur l’eau, ils montrent les diverses manières de pagayer : lente et profonde, rapide et profonde, rapide et légère, à petits coups de pagaïe, etc. Original, spectaculaire et instructif.

Hommes des Provinces de l'Ouest (Îles Salomon) manoeuvrant le tomoko, pirogue de guerre
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Au pavillon des Provinces de l’Ouest, on vend ces poissons en pierre noire, sans doute volcanique, objets qui me fascinent. Tous ont quelque défaut ce qui atteste leur origine artisanale.

Au bar VIP du festival, intéressante conversation avec Rhoda de l’opéra de Sidney (Australie) : Gurrumul est un chanteur aborigène aveugle, qui jouit, en Australie, d’un statut de star, m’apprend-t-elle. Il a participé au jubilé de la reine d’Angleterre et… aux Nuits de Fourvière ! Comme les Chooky Dancers, il est originaire d’Elcho Island, au nord de Darwin. A ce propos, mon interlocutrice indique que, même dans « la danse du parapluie », ceux-ci adoptent des postures cérémonielles. Il apparaît qu’ils chantent également et jouent du didgeridoo. Tous ont des liens de parenté. Peintre de génie, leur grand-mère a participé à la décoration du musée du quai Branly, à Paris. Quand on les sollicite, on doit inviter aussi deux « vieux », Margareth qui les accompagne toujours et, un maître d’Arnhem Land, Djalu Gurriwirri, 80 ans, qui excelle dans l’animation d’ateliers. Il est maître et gardien du didgeridoo original, le widaki. «  Cet instrument est comme un Steinway, le didgeridoo, un keyboard », dit Rhoda.

Une autre australienne se joint à nous ; elle est « officier du programme indigène » pour l’Australia Council for Arts, et nous poursuivons la conversation.

Jerome Kavanagh, 25 ans, Maori de Nouvelle-Zélande, nous rejoint. Il est le musicien du binôme qu’il forme avec James Webster, les deux complices du merveilleux Maori Musical Puppets.

Lors d’un colloque, me raconte un ami, les Australiens manifestent la volonté de protéger le boomerang. Bien mais, dit-il, ils souhaitent aussi protéger le mouvement du lancer de boomerang… Excessif, non ?

Dans la perspective d’assister aux derniers concerts nocturnes, la foule a envahi le «  village »…

Ce soir, pénurie d’eau à l’hôtel ce qui, sous cette latitude, est fort dommageable.

Parmi les vedettes de la musique locale, il faut citer Sharzy, Une Tox, DMP (Doorman Project, reggae)…

CHIFFRES

Selon le quotidien « Solomon Star » des 11 et 13 juillet 2012 :

-22 pays ont participé au festival (Taiwan et Japon inclus),

-122 langues étrangères ont été pratiquées au cours du festival, a-t-on recensé,

-10 012 langues sont parlées dans le Pacifique.

Le journal évoque également « la crise ethnique qui a déchiré cette nation  de 1998 à 2003. »

Vendredi 13 juillet

Le ciel est bleu. Un cafard gambade dans la chambre ; on espère qu’il n’a pas rendez-vous avec ses congénères. L’eau chaude ne coule plus dans la salle de bain. Lassitude de cet inconfort et de ces kilomètres parcourus, chaque jour, pour aller d’une scène à l’autre…

Yoshi, l’anthropologue japonais qui réside dans le même « hôtel » est de retour de l’île de Malaita. Il a, me raconte-t-il, assisté à une cérémonie au cours de laquelle on tue le porc dont on jette les morceaux à la mer pour attirer les requins. Animal totémique, le requin n’est pas mangé. La pieuvre non plus.

BILAN DU FESTIVAL

En dix jours, j’ai assisté à :

-16 concerts ou spectacles, scène Pasifika,

-23 concerts ou spectacles, scène du Lac,

Soit,

39 concerts ou spectacles originaires de 16 pays.

CLOTURE

En fin d’après-midi, au stade, se déroule la cérémonie de clôture. Afflux de véhicules : la circulation est fort ralentie. A 18 heures, nous y voilà ! Les échanges de cadeaux entre les délégations vont bon train : vestiges du potlach traditionnel ? Les insulaires de Guam ont revêtu leurs plus beaux atours : les femmes, en jaune, portent mantille, certains garçons, pantalon noir, chemise blanche, ceinture rouge et chapeau noir, toutes tenues qui évoquent l’Espagne, l’ancien colonisateur.

On écoute le (trop) long discours du Gouverneur de Sa Majesté, prononcé « au nom de la Reine Elizabeth », d’abord en langue anglaise puis, lu (hélas !) en français par une dame ; il s’achève par la formule obligée, qui dans notre langue fait sourire : « Dieu sauve la reine ! » Joyeux et rassasié de mots, le public s’impatiente… Les nombreux ensembles de flûtes de Pan locaux, qui attendaient, pénètrent enfin sur la pelouse détrempée du stade et jouent. Hélas ! On les entend à peine et, ce qui aurait dû sonner comme un triomphe n’est qu’un regrettable fiasco !

Samedi 14 juillet

Ce climat, chaud et humide, est malsain. Voilà que je souffre de la gorge. Impossible, donc, de pousser un cocorico en ce jour de fête nationale. En revanche, je pense aux amis dont cette date marque un anniversaire, entre autres à mon ami Léo, anarchiste qui s’est éteint ce jour-là !

En début d’après-midi, on s’achemine vers le Raintree Café, restaurant les pieds dans l’eau. Le temps est beau et chaud, le ciel bleu, le paysage sublime. On admire le panorama : vue sur le grand large et l’île de Savo, enveloppée d’une légère nébulosité. A nos pieds, l’écume de l’océan et la rumeur du ressac. La pizza se fait attendre une bonne heure… Langueur océane !

Au retour, la plupart des magasins, y compris les pharmacies, sont clos depuis 13 heures : week-end anglais sans doute ; la colonisation britannique a laissé des traces…

Dimanche 15 juillet

Il fait beau et chaud mais la gorge est toujours enflammée. Cependant tout arrive : l’eau chaude alimente de nouveau la douche !

 

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BILAN PERSONNEL DU SEJOUR

Chaleur, vent, pluie, tremblement de terre,

Pénurie d’eau, hébergement précaire, service nul, cafards, moustiques,

Embarras des circuits téléphoniques, chauffeurs de taxi déplorables,

Hémorragie nasale, chute, angine…

Européen inadapté ?

Ici, quand tu adresses des reproches, les gens rient…

A 13 heures, Alain me conduit à l’aéroport d’Honiara, aéroport moderne, mais le chargement des bagages s’amorce quand l’embarquement est quasiment achevé ! Langueur océane, Le Pacifique est une longue patience !

Il pleut ! Il pleut encore ! Nous décollons avec trente minutes de retard seulement. Deux heures et quart plus tard, nous atterrissons à Brisbane (Australie) tandis que le soleil décline et manigance ses jeux de lumière avec les nuages. L’avion compte une majorité de passagers australiens bruyants et chauvins.

A Brisbane, de nouveau en transit, on subit les mêmes formalités paranoïaques qu’à l’aller. Il fait froid : c’est l’hiver austral.

Décollage à 20 heures 30 locales, comme prévu. Deux heures plus tard, après un repas froid, dépourvu de saveur, on atterrit à Nouméa (Nouvelle-Calédonie) à 23 heures 30 locales. Navette pour parcourir les cinquante kilomètres qui conduisent à l’hôtel Stanley, un trois étoiles. Je dispose d’une belle chambre dont la terrasse regarde la mer : la vue est magnifique ! Le sommeil se fait prier…

Timbres de l'archipel des Kiribati
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