Fado, un chant universel

Vendredi 10 juin 20h30
Théâtre de la Ville
FADO, UN CHANT UNIVERSEL
Ricardo Ribeiro, Carminho, Camane, Cristina Branco, Carlos do Carmo.
José Manuel Neto, guitare portugaise
Carlos Manuel Proença, guitare
Marino de Freitas, guitare basse

« Je suis le fado, je suis le Portugal », disait Amalia Rodrigués. En effet, le fado de Lisbonne est un chant identitaire, un miroir de l’histoire du Portugal. C’est aussi une émotion qui se  chante : passion, solitude, jalousie, chagrin, tristesse…Il se nourrit également de nostalgie, d’amours déçues ou impossibles. Tout cela c’est le fado, « todo isto é fado », comme dit la chanson. Sentiments universels, thèmes universels. A ce titre, le fado appartient au patrimoine de l’humanité et sa pérennité doit être assurée. La Mairie de Lisbonne œuvre auprès de l’UNESCO, avec la collaboration du Musée du fado de Lisbonne, de la Ville de Paris et du Théâtre de la Ville, pour que cet art populaire, qui jouit d’une belle vitalité, soit inscrit au patrimoine immatériel de l’humanité. Dans cette perspective, un concert unique réunit trois générations de chanteurs, accompagnés par les trois mêmes musiciens: les plus jeunes, Ricardo Ribeiro et Carminho, leurs aînés, Camane et Mariza et, le vétéran, Carlos do Carmo. Cinq voix qui illustrent une variété de styles et de répertoires et témoignent de la richesse du genre. Sculptés par la voix, les mots de l’inéluctable destin dialoguent avec les guitares. «  Le fado est né un jour où le vent soufflait à peine, où le ciel et la mer se confondaient sur le pont d’un voilier dans le cœur d’un marin qui était triste et chantait », disent les paroles de l’un d’entre eux. Le fado est une thérapie : il apaise l’angoisse individuelle ou collective. C’est un chant pour apprivoiser l’âme.

Cinq chanteurs, trois générations, trois musiciens

Ricardo RIBEIRO
Son apprentissage commence dès l’enfance. Ricardo Ribeiro, jeune-homme imposant, est doté d’une voix puissante ; sa tessiture, baryton, distille de belles et graves sonorités. Il est, dit-on, « l’étoile montante » du fado. C’est dire combien il est urgent de le découvrir.

CARMINHO
Née à Lisbonne au sein d’une famille de « fadistes », Carminho vivra en Algarve. A l’écoute de ses disques favoris, ceux de ses maîtres. Jeune – c’est la benjamine des cinq artistes – elle est déjà l’auteur d’un premier CD. On dit qu’elle est le nouvel espoir du fado. Sa voix est un atout. Sa beauté en est un autre.

CAMANE
« Si vous ne l’avez jamais entendu et que vous l’écoutez chanter, vous n’aurez de cesse, dit-on, de l’entendre à nouveau ». Dès sa plus tendre enfance, Camané chante le fado. Ses «  maîtres », Alfredo Marceneiro, Amalia Rodrigues et Carlos do Carmo ont conforté son talent. Sa voix suave est le prolongement de son âme. Elle distille l’émotion. Depuis son premier album, en 1995, ce « prince du fado » en est l’étoile. Habité par cet art, il veut, dit-il, le servir à jamais.

Cristina BRANCO (qui remplace Mariza alors enceinte et empêchée)
Reçu en cadeau, un album d’Amalia Rodrigues décide de sa vocation. Elle a dix-huit ans. Le journalisme perd une future recrue, le fado gagne un nouveau fleuron. Respect de la tradition et désir de renouveau, elle participe, avec quelques complices de sa génération, à la renaissance du genre. Les mots choisis des poètes s’envolent sur l’aile d’une voix aérienne et chaude. Son interprétation -elle invente un style- insuffle un nouvel élan au fado.

Carlos do CARMO
Né à Lisbonne en 1939, Carlos do Carmo est le fils d’une illustre chanteuse de fado et d’un éditeur. Elevé dans les parages du Bairro Alto, il commence à chanter en 1963 et bouscule quelque peu le monde essentiellement féminin qu’est alors le fado. Il participe à l’évolution du genre et chante, entre autres, auteurs et poètes contemporains tels que José Saramago et Nuno Judice. Un répertoire porté par une voix nimbée de vague à l’âme et chargée d’amour. Une voix noble et courageuse, écho des causes sociales, qui suscite l’espoir. Aujourd’hui, Carlos do Carmo consacre temps et énergie à cet art qu’il sert depuis quarante-huit ans et dont il est, désormais, la figure emblématique.
Jacques Erwan